Regard sur le handicap
Présentation
Par cette sélection, notre souhait est de rendre visibles des dispositifs cinématographiques présents sur LaPlateforme.be où le processus créatif se construit dans le temps, où la rencontre via l’image entre valides et non valides est féconde. Nous avons soigneusement évité les films qui portent des discours uniquement pédagogiques ou trop surplombants sur le monde du handicap.
Ion de Olivier Magis (2013)
Opposants au régime de Ceausescu, Ion et sa famille se réfugient en Belgique où ils obtiennent le statut de réfugiés, au début des années 90. Ion et son épouse sont tous les deux malvoyants et ont en commun une passion pour la littérature. En raison de ses grandes capacités auditives, Ion est recruté au service des écoutes téléphoniques de la police judiciaire belge. « Le film a un côté poupée russe : je raconte une histoire sur un homme qui baigne dans les histoires, fictives en littérature, réelles dans le cadre de son boulot. Et lui nous parle de sa formidable histoire qui m’a inspiré à mon tour ». Des mots et des images pour aller au-delà des apparences. (MB)
En attendant Zorro de Sarah Moon Howe (2024)
Jack aime aligner les Playmobils. Il aime aussi les œufs à la coque et, à 18 ans, son plus grand rêve serait de voyager. Mais voilà, Jack est différent, son autisme impacte fortement son désir d’autonomie. Il est aussi le fils de la réalisatrice qui le filme inlassablement depuis sa naissance. L’impensé est arrivé, l’image servira à mieux le formuler. Toujours avec beaucoup de sensibilité, Sarah Moon Howe nous emmène au cœur des familles qui attendent désespérément pour leur enfant handicapé une place dans un service d’accueil. Et puis, un jour, une rencontre avec un éducateur spécialisé va venir leur redonner espoir… (MB)
La Porte ouverte de Clémence Hébert (2015)
Pousser la porte d’une institution pour adolescents autistes, en prenant soin de ne pas faire trop de bruit, voici le geste cinématographique choisi par Clémence Hébert. Des mois d’apprivoisement mutuels avec les résidents avant l’introduction de la caméra. Le choix d’un regard qui ne se veut ni confrontant ni surplombant, mais au plus près de leur quotidien, de leurs corps souffrants. Un film poétique à l’esthétique particulièrement aboutie, une plongée dans une « non-parole communicante », mais où chaque silence, chaque geste répétitif, nous permet de mieux appréhender le monde de l’autisme. Pari réussi pour la réalisatrice. (MB)
La Porte ouverte et Drôle de pays (2014) anticipent un long métrage sur un jeune garçon rencontré dans l’une de ces institutions, Kev (Visions du Réel 2018, International Film Festival Rotterdam 2019).
L’Été de Giacomo d'Alessandro Comodin (2011)
Pour son premier long métrage, le cinéaste italien passé par l’Insas filme dans une approche très « sensualiste » de deux corps de jeunes gens, dans la chaleur de l’été du Frioul : les baignades dans le fleuve, les balades à vélo et à pied pour y accéder… Comodin croit en la possibilité d’émerveillement et d’étonnement du cinéma, et ne se sent pas obligé d’expliquer, de prendre son public par la main… À part un appareil auditif, discrètement présent dans la scène du solo de batterie au début du film, il y a peu d’indices du fait que Giacomo est un jeune homme malentendant qui vient de se faire opérer et de retrouver l’ouïe. Il est juste là, avec sa présence, son énergie, sa manière un peu hors norme de parler… (PD)
Une vie démente d'Ann Sirot et Raphaël Balboni (2020)
Peut-on prendre le contrepied des idées accablantes qui naissent dans l’entourage d’un Alzheimer ? C’est la question que se posent Ann Sirot et Raphaël Balboni à travers le personnage de Suzanne, la soixantaine, directrice d’un centre d’art à Bruxelles, atteinte d’une démence dite sémantique. De prime abord, il y a un contraste entre l’évidence du déclin et la légèreté de ton qui signe un film à l’esthétique très recherchée. Il faut voir que ce décalage est bien le fait de Suzanne qui, prompte à s’amuser de toute chose, garde intact son goût pour l’art et le beau. (CDP)
Un cycle de Manu Bollen, Catherine De Poortere et Philippe Delvosalle – Médiathèque nouvelle
image : "Une vie démente" d'Ann Sirot et Raphaël Balboni (Arizona Films)





