Liberté d'expression
Présentation
Du Congo colonial du début du vingtième siècle à la Sibérie du début du siècle suivant, en passant par la Pologne communiste de la fin des années 1970, sans oublier la Belgique d’après la Seconde Guerre mondiale et le Bruxelles des années 2020, six films variés (des films d’animation, des films d’atelier, des documentaires plus classiques) pour aborder entre destins singuliers et collectifs la question de la liberté d’expression.
Une vie contre l’oubli de Kita Bauchet (2016)
André Dartevelle est né en 1944 et son parcours personnel va forger son éthique de journaliste et de réalisateur. Un père résistant durant la Seconde Guerre mondiale, une participation à la grève générale de l’hiver 60-61, des études d’histoire à l’ULB… Autant d’expériences qui le placeront du côté de la classe ouvrière et des opprimés et resteront le fil rouge de son travail. Un engagement très fort et une volonté de changer les choses qui se traduisent par des choix éditoriaux qui peuvent déranger et un point de vue affirmé tout à fait assumés.
Kita Bauchet alterne les entretiens avec André Dartevelle, avec ses collaborateurs et des extraits de ses films pour brosser le portrait de celui qui pensait les images comme des archives pour éclairer l’histoire contemporaine. Il filmait et surtout donnait la parole aux sans-voix, construisant film après film une mémoire collective plus que jamais indispensable pour lutter contre l’oubli. (GB)
Mes Mots/Maux, film collectif (2020)
Cette réalisation collective est le fruit d’une collaboration entre une vingtaine d’adolescentes de l’Association des jeunes Marocains (AJM). Encadrée par un animateur du Centre Vidéo de Bruxelles, cette création est un cas d’école de ce que peut le cinéma par la mise en scène : une jeune femme voilée s’y tient immobile, à la merci des idées préconçues, ici matérialisées par des post-it qu’on lui accole sans son consentement. Traitée comme une page blanche, c’est donc la possibilité de s’autodéterminer qui lui est refusée. Quant à la bande son, elle consiste en un texte qui, écrit à plusieurs mains et lu à plusieurs voix, dit sans équivoque comment le corps d’une personne racisée est sans cesse réinvesti au gré des angoisses entretenues par nos médias d’information. (SD)
KOR de Joanna Grudzinska (2009)
Fin juin 1976, une réaction spontanée enflamme une série d’usines polonaises, suite à l’annonce par le régime communiste d’une forte hausse des prix de la nourriture : grèves, manifestations, blocages de trains, affrontements avec la police, etc. Peu de temps après, est fondé le Komitet Obrony Robotników, le Comité de défense des ouvriers qui entend soutenir les ouvrières et ouvriers licencié·es ou poursuivi·es devant la justice par des aides juridiques et financières et militer pour une gouvernance plus démocratique.
Dans ce documentaire réalisé peu de temps après sa sortie de l’Insas, Joanna Grudzinska se frotte déjà à une série de sujets (la Pologne, la politique, l’histoire, les femmes, la judéité, etc.) qu’elle a continué à travailler dans ses films et ses créations radiophoniques depuis lors. Connectée par ses parents au sujet qu’elle filme, elle tisse le passé et le présent, entrelace les archives, les témoignages, les paysages... Pour une séquence, elle remet en service le dispositif d’impression sérigraphique avec lequel les membres du KOR ont publié à plusieurs milliers d’exemplaires chacun les 80 numéros de leur journal clandestin « Robotnik » (Travailleur). Pour lutter contre le fait que « L’arme la plus puissante du pouvoir, c’est la censure, le mensonge par omission ». (PD)
Krone – L'Autriche entre les lignes de Nathalie Borgers (2002)
Tout pays possède un ou plusieurs journaux de ce genre, un peu douteux, méprisés par les intellectuels, mais défendu bec et ongles par son lectorat. Souvent controversés, parfois carrément indéfendables, ils représentent la presse populaire, ou plutôt sa version populiste. C’est pour certains une lecture un peu honteuse, pour d’autre l’expression de ce que tout le monde pense tout bas. En Autriche c’est le quotidien le plus populaire du pays : Le Kronen Zeitung. Avec ses 2,7 millions de lecteurs, il représente 43% du marché autrichien de la presse écrite. Les thèses qu’il défend sont avant tout traditionalistes, pour ne pas dire rétrogrades, mais elles flirtent bien plus souvent avec la xénophobie et l’antisémitisme. Le journal flatte les instincts les plus réactionnaires de ses lecteurs : la peur de l’autre, l’inquiétude sécuritaire, le rejet de la complexité et le mépris des nuances. (BD)
Sibériade de Nado Poton (2022)
Sibériade de Nado Poton est un court métrage d’animation à la facture (analogue, proche du) de journal intime, raconté en voix off par son réalisateur. En quelques minutes, il remonte le fil d’une trajectoire heurtée : naissance en Sibérie, environnement militarisé, pensées suicidaires et exutoire par la toxicomanie, engagement, arrestation, fuite, racontant par là son exil jusqu’en Belgique. Les aplats de couleurs, l’animation en 2D et un montage resserré placent le témoignage au centre, sans pathos, avec un sens du détail qui entrecroise l’intime et le politique. Le film a obtenu le prix des auteurs SACD lors de l’édition 2023 du Festival Anima. (SD)
Panda Farnana, un congolais qui dérange de Françoise Levie (2010)
Panda Farnana est la biographie du premier Congolais diplômé de l’enseignement supérieur en Belgique. Le film retrace une vie passée entre la Belgique et le Congo, entre la puissance coloniale qui l’a éduqué et l’exploitation dont sa terre natale est victime. Né en 1888, le jeune Paul Panda Farnana M’Fumu est adopté par une famille belge qui lui donne l’opportunité d’entamer des études d’agronomie à Vilvoorde. En 1909, il part travailler au Congo. Ce sera la fin de ses illusions et la confrontation avec le racisme et la petitesse d’esprit des fonctionnaires coloniaux. Il va alors lutter pour l’éducation des Africains. Accusé de prêcher la décolonisation, il sera la cible du journal réactionnaire « L’Avenir colonial belge » qui le traitera de bolchévique. Constamment sous pression, sujet à une surveillance policière permanente, il meurt en 1930, empoisonné par un membre de sa famille. (BD)
Un cycle de Geoffrey Briquet, Benoit Deuxant, Philippe Delvosalle et Simon Delwart – Médiathèque nouvelle
image : "Sibériade" de Nado Poton (prod. : Caméra etc.)






