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Alexe Poukine : porosité des formes, dispositifs réflexifs

Alexe Poukine : porosité des formes, dispositifs réflexifs

Mercredi 28 Mai 2025

Sélectionnée en Compétition de la Semaine de la Critique avec Kika, nous vous proposons de (re)découvrir le parcours de la réalisatrice Alexe Poukine, à travers les thématiques qui traversent sa filmographie.

Le cinéma d'Alexe Poukine brouille les pistes : associant prises de vues documentaires et séquences fictionnelles, la cinéaste performe le réel pour mieux l'interroger. Cette écriture singulière permet entre autres d'interroger nos propres mécanismes d'interprétations, mais aussi de créer un espace de réflexion pour faire exister une parole invisibilisée marqué de violences symboliques. Sa filmographie peut s'envisager par ramifications dans la mesure où chacun de ses films inspirent ou déclenchent les suivants. 

Alexe Poukine réalise son tout premier film à l'occasion de son Master de réalisation documentaire à Lussas. Le court métrage, intitulé Petites Morts, est sélectionné dans plusieurs festivals internationaux et décrit, sous la forme d'un essai, le parcours de deux femmes dans leur choix de ne pas devenir mères, et du deuil que cela représente dans leur vie quotidienne, au regard d'une société normative et stigmatisante. 

En 2013, elle affirme ses qualités de réalisatrice en présentant son premier long métrage documentaire Dormir, dormir dans les pierres, aux Etats Généraux du film documentaire. En partie autobiographique, le film expose le deuil empêché de la réalisatrice, marquée par la perte de son oncle décédé sans-domicile-fixe et sans plus aucun contact avec sa famille. Comment se construit le quotidien quand on vit à la rue ? Y a-t-il encore quelqu’un pour penser à celles et ceux qui sombrent dans l’anonymat ? Par l'alternance entre les témoignages de ses proches et ses rencontres avec des personnes marginalisées, la réalisatrice apporte des réponses sur les choix et nécessités de tels parcours. Un documentaire qui éclaire sur l'invisibilisation des existences exclues de notre société. La projection de ce film va impulser l'écriture et la réalisation de son second long-métrage documentaire en 2019 : Sans frapper. 

Ce dernier met en scène de manière singulière le témoignage d'Ada, puisque ce sont des acteur.ice.s amateur.ice.s et professionnel.le.s qui interprètent son histoire. La multiplicité de ces interprétations permet de dégager un discours universel sur les violences sexuelles et sexistes : "La même sale histoire, insensée et banale.2" Ce dispositif de mise en scène confronte la réalisatrice à la diversité de lectures et de réactions possibles au témoignage d'Ada et permet de mettre en avant la pluralité des positionnements face à la parole d'autrui.

“Je voulais que le spectateur découvre le dispositif du film au fur et à mesure sans faire pour autant un film sur un dispositif. [...] Par contre, il était très important pour moi qu'on comprenne bien que c'était un témoignage, pas une fiction, que chacune de ces personnes reprend l'histoire de quelqu'un qui existe, quelqu'un fait de chair et d’os.3”

Après un bref passage par la fiction avec le court métrage semi-autobiographique Palma (Prix spécial du jury au festival de Clermont-Ferrand et le Grand Prix à Brive), Alexe Poukine se lance dans l'écriture de Sauve qui peut, suite à sa rencontre avec un médecin urgentiste qui lui parle du dispositif de formation de simulation humaine. “Je ne connaissais pas ce dispositif de formation. Ça m’a intéressée car cela correspondait à mon intérêt pour le jeu qui peut changer la réalité, pour la façon où le faux change ou révèle le vrai. J’ai alors commencé à me renseigner.4" 

Peu à peu, ses recherches la pousse à ouvrir les portes de la profession de soignant, et à s'intéresser aux question de la relation avec le patient ainsi qu'à l'empathie : "La violence qui est faite aux soignants a une incidence sur les patients. C'est la question du film : Comment peut-on être bienveillant dans un système qui vous maltraite ?5" Tout comme avec Sans Frapper, le documentaire intègre des séquences mises en scènes qui se mélangent par le montage avec les prises de vues documentaires du service hospitalier. 

Enfin, son premier long métrage de fiction Kika est sélectionné en Compétition de la semaine de la Critique à Cannes en 2025. La réalisatrice considère ce nouveau film comme le prolongement de sa précédente fiction Palma. Il dresse le portrait d'une femme, assistante sociale, confronté à la mort soudaine de son compagnon qui la laisse seule avec sa fille et une grossesse en cours. Manon Clavèle nous émeut comme nous fait rire dans ce rôle si rare au cinéma et pourtant si universel.

Kika est à découvrir en salles à partir du 25 juin 2025 !

🎞️ Filmographie d'Alexe Poukine :
  • Petites Morts, 2008
  • Dormir, dormir dans les pierres, 2013
  • Sans frapper, 2019 - Le documentaire est à découvrir en ligne sur laplateforme.be !
  • Palma, 2020
  • Sauve qui peut, 2024
  • Kika, 2025
📚 Références

1. "Entretien avec Alexe Poukine réalisatrice de Sans frapper", Cinergie

2. Extrait du synopsis de Sans Frapper

3. "Entretien avec Alexe Poukine réalisatrice de Sans frapper", Cinergie 

4. "Sauve qui peut, entretien avec la réalisatrice Alexe Poukine", Le Comptoir du Doc 

5. Ibid. Le Comptoir du Doc

6.  Juliette Goudot, La Libre, 24 juillet 2025