Regard sur les femmes

Regard sur les femmes

Voyez ces femmes : dans la lente conquête de l’indépendance, les unes traversent un désert pour gagner quelque argent à soi, les autres, épreuve tout aussi aride, ont à franchir le seuil de la maison familiale. Leur accomplissement intellectuel dépend de cette rupture, de ce déracinement volontaire. Et tandis que certaines se trouvent brutalement assignées à un genre dont elles ne croyaient plus avoir à répondre au terme d’un engagement dont la vocation se voulait universelle, quelques-unes, au plus bas de l’échelle sociale et coupées de tout soutien affectif, apprennent à leur dépends qu’être femme, c’est n’avoir plus qu’à se soumettre davantage. D’une façon ou d’une autre, ce qui se documente ainsi relève de l’extrême, du « cas de figure ». Femmes nomades au Niger, artistes marocaines de Belgique, ex-militantes de l’Armée Rouge ou servantes indonésiennes délocalisées : il n’y a pas matière, sur base de ces quatre films, à dresser un état général de la femme. L’attention exclusive dévolue à quelques cas précis en fait cependant des sujets, et les sujets font question. C’est dire qu’il importe de s’intéresser à la manière dont ces femmes sont alors montrées. Sans doute la forme est-elle la dignité première du regard. Loredana Bianconi ne filme pas comme Nathalie Borgiers, qui elle-même diffère de Jorge Leon. Quelles sont les implications de ces démarches particulières ? Quel discours l’image pourrait-elle porter, ou imposer ? Quel est le pouvoir du hors-champ ? Comment relayer et soutenir sans la dénaturer, une parole qui n’a peut-être encore jamais eu droit au jour ? Autant de questions cruciales qui travaillent la forme, qui construisent le regard, celui de l’auteur, le nôtre, sur cette oscillation incessante et risquée allant du sujet à la personne. Car c’est cela qui se donne à voir, s’énonce, s’éprouve, et surtout, se vit.